“Ce n’était pas facile pour moi, mais cela forge le caractère“

Michaël Mayeux,, Jeune diplômé et Chargé de Mission Handicap,
publié le 11 septembre 2013
Michaël  Mayeux, 24 ans, jeune diplômé, en situation de handicap et actuellement chargé de mission handicap dans une grande entreprise. Un bel exemple de réussite professionnelle malgré son handicap, mais son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille, cette réussite, il la doit à sa persévérance, sa maturité, aux bonnes rencontres, mais aussi aux associations engagées en faveur des personnes en situation de handicap. Interview.

Pouvez vous nous parler de votre parcours scolaire ?

J’ai passé un bac économique et social car j’étais intéressé par l’économie et la politique. Je me suis ensuite dirigé vers  un deug et une licence Economie et Gestion, à l’Université de Paris Sorbonne. J’ai poursuivi mes études en master 1 avec spécialité Gestion (Finance et Ressources Humaines) et en master 2 Management des Ressources Humaines, en apprentissage au sein du groupe lGS, pour une période de 16 mois.

En master 1, j’ai effectué un stage au sein de Generali que j’ai trouvé grâce à l’association Afij, pour le master 2, j’ai intégré la mission handicap de la Française des Jeux avec l’aide de l’association Tremplin.

Avez-vous rencontré des difficultés durant vos études ?

J’ai été refusé en master 2 à la Sorbonne par manque de place alors que j’avais le niveau requis et l'entreprise. Je ne comprenais pas ce refus, cela a été difficile pour moi de trouver un nouvel établissement pour pouvoir continuer mes études. Finalement, j’ai rencontré la mission handicap du groupe IGS et j’ai été accepté en master 2, en contrat d’apprentissage. Cette période a été assez difficile pour moi car il fallait gérer à la fois, vie professionnelle, vie étudiante et vie privée, ce qui demande une certaine maturité et une bonnne organisation.

Concernant mon handicap, il est non visible, et j’en parlais très peu. Je suis atteint de dyspraxie, cela provoque notamment des micros tremblement au bras qui m’empêchent d’écrire trop longtemps. Du CP à la terminale, je n’ai bénéficié d’aucun aménagement, ce n’est qu’a partir du dernier trimestre de la terminale que j’ai obtenu un ordinateur portable et un aménagement d’horaire pour l’épreuve du bac.

Lorsqu’on m’a mis à disposition cet ordinateur les gens ont commencé à se poser des questions sur moi et à parler, j’étais assez isolé. Ce n’était pas facile pour moi, mais cela forge le caractère. Je me souviens en première année de licence, pendant un examen qui se déroulait en amphi, j’ai été placé près du professeur, face aux élèves afin d’éviter toute tricherie. Cette situation a été vraiment déstabilisante et me laisse un mauvais souvenir.

Que pensez-vous de la situation des personnes en situation de handicap aujourd’hui ?

Il reste des progrès à faire, mais la situation a bien évoluée. Aujourd’hui, les budgets dédiés au handicap et à la diversité sont plus conséquents et la sensibilisation est plus importante, que ce soit dans les écoles ou dans les entreprises.

Et pour les jeunes diplômés en situation de handicap ?

Plusieurs facteurs peuvent compliquer l’entrée dans la vie active des jeunes étudiants en situation de handicap. Tout d’abord une situation économique instable, à cause de la crise, des entreprises qui n’ont pas encore crée leurs missions handicap et qui ne sont pas vraiment sensibilisées au handicap, mais aussi une forte concurrence entre les jeunes diplômés. Lorsqu’on est en recherche d’emploi, il faut savoir se vendre et cela ne s’apprend pas dans le cadre de ses études. Néanmoins, il existe quelques associations, comme l’Afij ou Tremplin qui aident les jeunes diplômés dans leurs démarches administratives et dans leur recherche d’emploi.

Avez-vous un conseil à donner aux jeunes diplômés ?

Il ne faut pas se décourager et aller de l’avant. Être présent sur les réseaux sociaux professionnels, savoir se vendre, essayer au maximum de se constituer un réseau professionnel. Concernant les études, je pense qu’il est préférable d’avoir une spécialisation, je connais pas mal de gens autour de moi titulaire de formations généralistes, qui rencontrent des difficultés à décrocher un emploi.

Comment s’est déroulée votre recherche d’emploi ? Avez-vous eu des difficultés ?

Afin de ne pas perdre de temps, je voulais commencer à chercher un emploi avant la fin de mes études, mais c’était très compliqué de gérer à la fois, les cours, l’entreprise et les démarches  de recherche d’emploi. M. Berthonneau, responsable de la mission handicap du groupe IGS, m’a conseillé de me concentrer sur mes études afin de valider mon diplôme, j’ai donc finalement suivi ses conseils et j’ai réussi mon examen.

En prenant du recul sur ma situation, je n’ai pas vraiment eu de difficultés à trouver un emploi. Je suis resté environ un mois sans emploi. En comparaison avec d’autres étudiants, c’est relativement correct, mais le fait de se retrouver sans emploi est assez stressant, alors que pendant des années on a eu un rythme de travail soutenu. Il y a vraiment un décalage entre le monde professionnel et les études, je pense que nous ne sommes pas assez préparés à la recherche d’emploi, notamment comment gérer sa carrière, l’attitude à avoir et la connaissance du marché de l’emploi.

Quelle est votre situation actuelle ?

Je suis Chargé de Mission Handicap au sein de la société Steria, en CDD depuis février 2013, jusqu’au 31 décembre, avec la possibilité de décrocher un CDI. Mais rien n’est encore sûr. J’avais également l’opportunité d’intégrer la société  AG2R qui se trouvait plus proche de mon domicile, mais le contrat n’était que de 3 mois. Au début, j’ai vraiment hésité, mais j’ai suivi les conseils de mon ancien responsable de la Française des Jeux en privilégiant la durée du contrat, même si aujourd’hui je passe trois heures par jour dans les transports en commun.

Faut-il parler de son handicap lors d’un entretien d’embauche ?

Oui, Il vaut mieux le dire, je pense que les candidats doivent l’indiquer sur leur CV. Cela permet aux missions handicap des entreprises d’anticiper les actions à mettre en place, mais aussi de mettre en pratique les dispositifs prévus dans les accords d’entreprise. Pour briser les stéréotypes, il faut en parler. 


Propos recueillis par Olivier Angelini